Valorytis
Nous sommes passés de l’ère du « VUCA » (Volatilité, Incertitude, Complexité, Ambiguïté) à l’ère du « BANI » (Fragile, Anxieux, Non-linéaire, Incompréhensible). Dans ce nouveau paradigme, le leadership traditionnel, fondé sur le contrôle et la prévisibilité, devient un frein. Diriger aujourd’hui exige une mutation profonde de la posture managériale.
Dans un environnement stable, la décision est le fruit d’une analyse exhaustive des données. Dans l’incertitude, l’excès d’analyse mène à la paralysie.
Le pari de l’agilité : Le leader doit apprendre à fonctionner par itérations. Plutôt que de viser le « grand plan » parfait, il mise sur des cycles courts : décider, tester, apprendre, ajuster. C’est le passage d’une stratégie en « bloc de marbre » à une stratégie « liquide ».
L’arbitrage entre risque et opportunité : L’incertitude est souvent perçue comme un risque à réduire. Or, elle est aussi un réservoir d’opportunités que les concurrents n’ont pas encore vues. Le leader doit développer un « radar à signaux faibles » pour transformer l’imprévu en avantage compétitif.
L’incertitude ne peut être gérée par un seul homme au sommet. Elle demande une intelligence distribuée.
La subsidiarité tactique : Cela consiste à laisser la décision à ceux qui sont au plus proche du terrain. En période de brouillard, celui qui voit le mieux est celui qui est devant, pas celui qui est dans le bureau central. Le leader devient alors un architecte de la confiance, garantissant que chacun a les compétences et l’autonomie pour agir.
La fin des silos : Pour être réactive, l’organisation doit être poreuse. La circulation de l’information doit être instantanée. Le leader doit briser les barrières bureaucratiques pour favoriser une collaboration transversale capable de se reconfigurer selon les besoins du moment.
L’incertitude génère naturellement du stress et de l’anxiété au sein des équipes. Le rôle du leader est ici quasi « thérapeutique » pour l’organisation.
Contenir l’anxiété sans masquer la réalité : Un bon leader ne nie pas l’incertitude (ce qui créerait de la méfiance), mais il offre un cadre contenant. Il définit ce qui ne change pas : les valeurs, la mission long terme, et le soutien mutuel. C’est ce qu’on appelle la « base de sécurité ».
Développer la résilience collective : La résilience n’est pas seulement la capacité à encaisser les coups, c’est la capacité à rebondir plus haut. Le leader doit cultiver un état d’esprit de croissance (Growth Mindset), où chaque imprévu est traité comme une occasion d’apprentissage collectif.
La distinction est cruciale : une carte décrit un itinéraire précis (souvent obsolète dès qu’une route est barrée), tandis qu’une boussole donne une direction.
Le « Pourquoi » plus fort que le « Comment » : Quand les moyens d’action (le comment) sont remis en cause par l’actualité, c’est la raison d’être de l’entreprise (le pourquoi) qui maintient l’engagement des collaborateurs. Le leadership dans l’incertitude est avant tout un leadership de sens.
L’humilité courageuse : Enfin, le leader moderne doit avoir le courage de dire « je ne sais pas, mais nous allons trouver ensemble ». Cette vulnérabilité, loin d’être une faiblesse, est un puissant levier d’engagement et d’authenticité qui soude les équipes face à l’adversité.
Le leadership ne s’exerce plus malgré l’incertitude, mais dans et par l’incertitude. C’est en acceptant de naviguer sans visibilité complète que les dirigeants découvrent de nouveaux territoires de croissance et renforcent durablement la culture de leur entreprise.